Le Troisième conte de la nuit des
temps ....
Quand l’esprit d’Amour lié de deux êtres
qui s’aiment
sort du Grand Rien alors qu’ils n’ont rien
fait
rien fait d’autre que de douter
que de sentir le bonheur si merveilleux qu’il
en devient fragile
si tendre qu’il fait peur du réveil.
c’est de l’injustice.
Paternité et maternité d’Amour de l’humanité
nés de la conscience du paradis,
nés du secret du savoir
nés du Grand Rien du Créateur qui sait qu’il
ne sait pas
la limite mathématique de l’instant qui est.
Maître du temps qui tient le chronomètre,
prêt à appuyer quand la conscience naîtra,
Quand Eve et Adam sauront qu’ils sauront.
Eve de son doute a tiré Adam du Grand Rien
Mais ils sont encore Esprits dans la nuée du
monde
Errants enlacés sans yeux et sans voix
Amants invisibles d’un invisible Amour
qu’aucun ne verra mais qu’ils m’ont
raconté
Plus tard, dans une autre vie, un autre été.
Eve et Adam ont cherché le repos,
La fin du rêve, la fin de l’absolu.
Puis la Création, les plantes, les animaux
Cette sale histoire de terre, de côte, de
femme,
cet homme qui n’était pas, on ne savait
trop.
Qui a dit cela, jamais on ne saura.
Eve est tombée dans la conscience des hommes
Adam s’est résigné à se tenir nu et
debout,
Lui qui était, sans sommeil et sans vie,
Éternité sans temps, sans nom, sans cris.
Planète bleue, nuages, pluies, terre jaune et
sel.
Eve ouvre ses yeux, elle pleure, elle gémit.
Adam est là, nu, au soleil,
il a conscience maintenant qu’il vit
Ils ont traîné, de leurs membres nouveaux, de
la plage à la glèbe,
irrités tout à coup de la faim qui naissait,
grattant malhabiles la terre de leurs ongles
à chercher la provende avec la peur au ventre,
surpris d’oublier qu’ils étaient faits d’Amour,
Et pas de terre et d’eau et de viscères.
Oubliés le Créateur et l’insidieux, l’entité
et le destin,
Eve et Adam ne gardent que l’Amour et l’instant.
Et c’est de leurs membres débiles qu’ils
célèbrent ce temps.
Les soleils ont passé, nombreux et embrasés,
Eve est ronde et Adam réfléchit.
Ils sont seuls et n’ont jamais parlé,
Gardant de l’Invisible la trace de l’Amour.
Puis un jour Eve crie, se débat, se rebiffe,
Son corps s’ouvre, s’écarte et se plie,
Et un cri jaillit qu’ils n’avaient entendu
Amour visible de l’invisible perdu,
l’enfant est là, Caïn de l’Humanité,
Inventeur de la Parole et du Testament,
Premier né pour les autres à venir.
Robinson © janvier 1996
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