Le temps qui passe
Si l'on te dit que le temps qui passe ce n'est
rien, ne le crois pas.
Le temps qui passe n'efface rien. Il reste.
Les secondes s'engrangent comme autant de
souvenirs, des riens du temps.
Les minutes sont lourdes d'émotions. Minutes
de silence. Minutes papillons.
Les heures ? Et les heures alors ? les heures
riches, les heures de malheur.
Les jours sont plus lourds, jours de joie,
jours de peine.
Les semaines ont des têtes de semailles, ou de
moissons.
Les semaines sont des vagues d'un océan perdu
:
On y descend le lundi, et le samedi remonte la
vague.
Et le dimanche, sur la crête, on voit demain,
l'inconnu.
Et aussi des semaines de jeudis qui n'en
finissent pas.
Les mois qu'il faut boucler, quand la ceinture
est trop courte,
les mois pour attendre, les mois pour aimer.
Les neufs mois de moi que je vienne de rien à
tout.
Les mois d'hiver les mois d'été, les mois de
saisons
qui s'empilent en mémoire comme des fruits
perdus.
Les années qui passent, les années d'avant,
quand c'était le bon temps.
Années caduques, années canailles, années
d'étude et de désert.
Années de guerre, comptes désolés des
ardeurs de mort.
Les années qu'on compte comme du temps qui
reste
Avant que de dormir pour une éternité.
Il reste les siècles: ils ne sont pas à nous.
C'est un temps pour demain, un temps du futur
Le siècle a des lumières, il va tout
éclairé,
Une fois sage et poli, une autre violent et
pervers
Le siècle est à l'histoire, il lui donne son
nom.
Éternité tu dis, éternité tu crois. C'est
un rien d'un temps qui n'est pas.
Si l'on te dit que le temps qui passe ce n'est
rien, ne le crois pas.
Le temps qui passe n'efface rien. Il reste.
Robinson . Copyright
14.05.1996
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