L île de Robinson

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B comme ... Bonté

si l'on frappe à ta porte... à ta porte virtuelle, si  l'électronique tintinnabule un instant pour indiquer qu'un post est  là, mots alignés sur l'écran, en couleurs habituelles. Un post  parmi d'autres, anodin, un salut du bout du monde, un baiser électronique du bout des doigts, qu'un naufragé a peut être  envoyé, noyé dans l'obscurité de sa chambre, les yeux rivés sur  la lumière de la nouvelle lanterne magique qui lui a fait croire que a solitude disparaîtrait avec les pions alignés de son clavier... si l'on frappe à ta porte, en mots désordonnés, en mots inutiles  presque, en cris ponctués de points d'exclamation, en interrogations  silencieuses qui finissent en points de suspension, comme ces gens qui  marchent dans le soir, les mains dans les poches, qui vont et qui  viennent dans la ville autour des autres, n'osant chuchoter leur  solitude, leur envie de tout casser dans leur tête, la perte de ces  sentiments bizarres qu'ont voit dans les yeux de certains, même s'ils  essaient de les cacher, et qui repartent chez eux, plus amers encore que  le matin, parce qu'ils n'ont pas rencontré quelqu'un de bon... 
 
bonté de compassion secrète, qui se lit dans les yeux, un instant  seulement, en brassant du regard tous ces regards dans un métro d'un  soir, bondé et chaud, lorsque ce regard-là accroche celui de ceux  qui errent en quête d'un sourire, d'un clin d'œil, d'une complicité peut-être... Et la bonté qui crie, qui use son silence d'aphone éternelle, en se penchant chaque jour sur les autres que soi, sur les autres plus mal,  sur les autres plus pauvres, sur les autres plus tout, pourvu qu'elle  sorte de soi, enfin, cette passion d'amour, cette main qui se tend,  infinie, reconnaissante déjà que le peu qu'on soit puisse être  mieux encore pour d'autres.
 
 La bonté paria, celle des bidonvilles, celle qui partage le vent et la  terre, celle qui remplit les ventres creux avec seulement de l'espoir,  celle qui ceint les reins avec des mots doux, qui transforme la nudité en beauté, la bonté des voyous qui bénit le larcin et le change en  offrande. Nous sommes des sommes d'individus, trempés de caractères  différents, exaspérés de ne plus découvrir de nouveaux trésors  dans les greniers de nos enfances, dans les jardins que l'on rêve  fleuris, tièdes et parfumés. 
 
Mais la bonté rencontrée sur une  route, la bonté reçue en cadeau quand la souffrance nous cisaille,  la bonté ruisselante et fraîche d'un ami qui console, la bonté tendre et priante d'une Sœur contemplative, la bonté coup de poing de  celui qui réveille de la mort de soi, du refus de soi.... La vitre bombée de l'écran s'anime... les lignes s'alignent de mots  anodins, comme un murmure dans une cathédrale, et je vais, un jour  encore, rêver que je peux offrir quelque chose de moi.... ce peu qui  donne le bonheur de vivre...
 
Robinson © 09.1999
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