L île de Robinson

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En train

Et Billy Holiday continue de chanter en sourdine dans les membranes des écouteurs. Et ton parfum reste collé à moi, dans le silence précaire de la voiture ferroviaire. Tu me dirais que le paysage qui défile en traits invisibles et fugaces ne t’intéresse pas. Tu aurais raison. Le jour n’en finit pas de finir, ici, à ces latitudes froides et peuplées. Il reste une pénombre lente et triste, qui se dégrade  lentement, et qui n’a rien à voir avec les clartés vespérales de nos tropiques, rien à voir avec l’obscurité pure et nette de notre ciel quand l’heure est aux confidences. Apparaître, disparaître, revenir, être là, près de toi, puis ailleurs en un instant, à la poursuite d’autres chimères, d’autres bonheurs, d’autres voies du destin, et même me demander le pourquoi et le comment. Pourtant, pour chaque geste, chaque espérance, tu es là, occupant une place de crainte ou d’espoir, de regret ou d’attente. Espérer pour chaque minute qui viendrait que mon esprit serait tourné vers quelque chose de toi, un coté de lumière de ton visage, la courbe de ton sein sous le tactile de ma caresse, ton regard profond dans la nuit, tes gestes dans ton jardin, ou simplement ta manière de pétrir la farine quand tu fais un gâteau. J’en suis là de mon attente, de mon amour, de ce qui me fait à toi et te laisse à l’abandon si tu ne le sais pas. J’attends, aveugle à tes sens, sourd à tes cris inaudibles, que passe cette  langueur qui me tenaille quand nous nous quittons. Je regarde les autres, autour de moi. Je les imagine au sein de leurs amours, de leurs amitiés, j’essaie de croire  qu’ils, qu’elles aiment aussi , avec ma ferveur ou la tienne, avec les mêmes patiences ou les mêmes impatiences, d’aussi loin ou d’aussi près. Leurs poids à lever chaque jours ne sont pas si lointains des nôtres, ni plus légers. Je ne sais que penser, comme s’il devenait impossible de soupeser ces âmes. Demain, ton sourire sera différent dans ma mémoire, dans quelques jours je le rechercherai avec difficulté au travers des images de mes songes. A ce moment là, je te chercherai avec plus d’inquiétude, puis reviendront les souvenirs de mes espérances d’avant, mes impatiences, mes colères si le rêve échafaudé à nouveau d’être prés de toi ne se réalise pas comme je le voudrais.

 Ma voisine s’est endormie, sans un mot. Un doux profil, clair, pur, qui se découpe sous la lumière jaunie du train. D’autres , devant, causent de choses inutiles, et la voiture garde son ait feutré malgré la vitesse du train ….

 Et tu te demande si je t’aime …..

Robinson

©Robinson des îles - 01/2004