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Voeux 1997
Mille ans
Mille ans que je tournais autour d'une galaxie
inconnue, prés d'une étoile jaune. Y flottait dans l'espace des morceaux de
roches aux températures extrêmes, agglomérées de gaz puissants leur
donnant des couleurs différentes. Y trônait une planète bleue qui fit mille
fois le tour de l'étoile, sans cesse changeante, sans cesse bruyante du bruit
des hommes qui vivaient au milieu du Grand Rien. Mille fois je voulus
reprendre mon chemin et cesser de la contempler comme une perle au milieu du
noir de la nuit...
Neuf cent années
C'est le temps qu'il me fallut pour comprendre les
sons et les cris jetés dans le vide depuis cette planète bleue. C'était
pour certains des mélopées d'esclaves qui chantaient leur désespoir,
d'autres des cris de douleur des parents disparus. Me venaient aussi des
pleurs doux comme le miel, venus de jeunes gens amoureux et perdus, lançant
vers mon ciel ces appels à l'Amour lancinants comme des chants de prière.
D'autres bruits atroces des corps déchiquetés par la mitraille, murmures
d'agonie de vies éparpillées, prières vers mon Dieu pour ne pas l'oublier.
Tout ce temps pour découvrir aussi que les pleurs pouvaient être fait de
joie, et que les rires sont aussi nombreux que le silence, comme si le bonheur
de cette planète devait être caché comme un mystère de l'Univers. Je me
suis donc approché encore.
Quatre vingt dix ans
Pendant tout ce temps j'appris à connaître ces
êtres complexes qui marchent debout, et tiennent en équilibre, usant tant
d'énergie pour se maintenir ainsi qu'ils s'endorment chaque nuit tant ils
sont fatigués. J'appris leur sagesse et leur folie, leur humour et leurs
passions, les joies qui les habitent et les peines qu'ils subissent. Quatre
vingt dix années à comprendre ce qu'ils appellent l'Amour, et je ne sais pas
encore très bien ce qu'ils veulent dire quand ils disent "je
t'aime".
Sept ans, enfin...
Il me fallait bien tout ce temps là pour me
partager entre tous ceux que je voulais aimer, me glisser dans leur vie,
quelque part dans leur cœur, y prendre une petite place et m'y tenir au
chaud, comme le renard dans son terrier, quand il attend le petit prince. Il
me fallait chercher les cœurs les plus sincères, les plus habiles à manier
la gentillesse et l'amitié, les plus forts pour pardonner mes intrusions dans
leur vie, pour m'accepter avec mon sac encombrant d'idées reçues et de
curiosité.
Avec passion j'ai fouillé votre âme pour y
chercher le diamant d'innocence qui nous rendrait frères et sœurs des êtres
de l'Univers, qui me ferait rejeter au loin vos défauts de jeunesse (vous
avez tous moins de cent ans), et puiser dans vos yeux les forces pétillantes
de l'amitié et de l'espérance.
Me voilà donc, après mille neuf cent quatre
vingt dix sept années d'errance dans le Grand Rien. Je sais bien que mes
derniers essais n'ont pas été bien concluants, et que je vous ai fait faire
encore quelques erreurs. Mais soyez sûrs, maintenant que vous savez que je
suis vraiment là, qu'au moins cette année, je ferai tout pour vous être
agréable. Je sais comment vous faire aimer vos ennemis, en touchant à cet
endroit, là, au coin de votre cœur. Je sais vous consoler lorsque vous êtes
tristes, et vous faire rire d'un rien, juste ce qu'il faut. Il vous suffit de
savoir que je suis tout prés de vous, et que j'ai l'expérience de 1997
années d'Amour pour soulager les embarras de la vie terrestre. Inutile
d'aller voir votre médecin; je suis invisible à vos yeux, mais très
présent dans votre cœur. Pour vous assurer de ma présence, il suffit de
demander à l'adresse ci-dessous si je suis toujours là: ils savent me
reconnaître... Ce sont eux qui m'ont donné votre adresse. Je vous souhaite
seulement de me garder le plus longtemps possible....
Lena Soksann, extra-terrestre.
© Robinson 12.1996
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