L île de Robinson

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Vœux 2000

Et voilà....
Nous y sommes enfin, dans ce monde entre deux mondes... plus de neuf dans les dates, plus rien que des zéros, des ronds vides pleins de promesses, de ces promesses dont nous avons tant rêvé, ces promesses lancées un jour du haut d’une montagne, quand le regard se perdait dans la plaine baignée d’ombres et de lumières, quand l’esprit avait conquis la fatigue, quand tout paraissait propre et net.
 
Ces promesses qu’on a faites un soir, en jurant sur la mémoire de ceux qui furent perdus par ces siècles de violence et de haine, que jamais plus l’on accepterait de supporter de telles douleurs, de telles souffrances, les bras tendus vers le ciel, les yeux fermés, prés d’un feu qui crépitait dans la solitude de la nuit.
 
Ces promesses faites à genoux sur le pavé d’un temple, d’une synagogue, d’une mosquée, d’une église, avec ce tremblement déjà d’espérer qu’avec le temps, elles pourraient être tenues, qu’avec l’aide du divin notre humanité deviendrait plus respectable aux yeux de l’univers entier, par delà le temps et l’espace.
 
Ces promesses jurées sur sa propre vie, en échange d’un secours, d’une survie, ce cri lancé vers l’Inconnu, en espérance d’échanger notre rémission contre un mieux faire, un mieux être, contre le pardon de fautes faites de gestes, de paroles, d’intentions, ces fautes qui ne pourraient être absoutes que par l’Amour...
 
Et voilà que le moment s’approche, où chacun de nos gestes, chacune de nos paroles, chaque mouvement vers l’Autre peut devenir la source de bonheurs futurs. Voilà que cette date attendue depuis notre enfance est là, en plein sous nos pieds, et nous y somme arrivés, là, vivants, malgré toutes les embûches de la vie, les accidents, les maladies, les histoires, les solitudes, les larmes et les rires, les pauvretés, les tentations, les oublis, les autres et nous-mêmes.
 
Cette année 2000 n’est pas la dernière, ce n’est pas un pas décisif de notre système solaire dans la voie lactée, ni même une année particulière dans les déroulements du temps que l’humanité a inventé pour ne pas se perdre.
 
Elle peut être seulement la dernière année d’un siècle où aucun homme ne pouvait ignorer la faim des autres, la soif des autres, la mort des autres. Elle peut être le ferment de l’avènement d’un monde neuf, fait des promesses que l’on a lancé, et qu’il faudra tenir, pour que nos enfants héritent d’un nouveau millénaire d’amour et de fraternité.
 
Elle peut être pour chacun la découverte de l’émotion, cette sensation bizarre qui attendrit les cœurs et fait des hommes des héros, prêts à marcher vers ailleurs, prêts à abandonner les poids des certitudes, prêts à aimer, plus simplement.
 
Et si cela arrivait enfin, si tout se détendait, si les nœuds qui sacrifient la terre se dénouaient, si le futur donnait l’espérance à ceux qui cherchent, si l’amour donné n’était plus perdu, si l’aube se levait sur la mer apaisée, si le front touchait la joue, si les larmes étaient séchées par les baisers du pardon....
 
Il nous reste à peine un an pour y penser, pour sentir en nous grandir cet espérance insensée, cette dernière année, en forme de gestation de notre futur, de notre amour de demain.....
 
© Robinson - 01/2000 -