Voeux 2003
« Lena, L’Utopie,
c’est ce qui reste lorsqu’il n’y a plus d’espérance ? »
Lena SOCKSANN me donna un grand coup de coude qui me sortit de ma
torpeur : « Comment oses-tu penser une chose pareille, Robinson ?
Tes pas dans le sable du désert s’effacent au vent de la nuit, comme les
baisers que tu donnes au front de tes enfants, et tu désespères que ces gestes
laissent des traces indélébiles ?
Comme tous les humains, tu
imagines que ce que tu es n’est rien dans le Grand Rien, et que ta conscience
s’effacera au gré de l’espace traversé par ta planète, puis par ton étoile,
puis par ta galaxie. Il est vrai qu’elle est si petite, cette Voie Lactée, si
perdue au sein des océans de vide et de matière que je traverse depuis les
temps des temps…
Tu devrais pourtant être heureux de cette existence. Moi, qui ne suis que
pensée, je traverse le temps et les innombrables espaces sans être d’une
consistance aucune, sans que mes ondes qui traversent ton sommeil abandonnent un
signe marqué, et tu sais pourtant déjà tout ce que je ne peux ressentir …
Si la caresse que tu reçois est éphémère, si ton sourire donné à
l’autre le fera sourire aussi, la matière qui te fait, infinité de
particules animées par des forces immenses, participe d’un équilibre infinitésimal ;
mais, si petit soit-il, il rétablit ta réalité de l’Univers, il rassure par
ton geste tendre celle qui désespère, il tempère par tes attitudes la colère
qui monte, il modifie pour un temps les ordres de grandeur d’autres forces qui
vous mènent, vous , les humains, vers des destinées qui ne sont pas venues
d’ailleurs, mais qui sont la somme de vos énergies individuelles, somme de
volontés, somme d’Amour, somme de solitudes
agrippées à vos espérances inquiètes.
Et lorsqu’à la nuit, sous
tes latitudes tropicales, tu scrutes les lumières du ciel, cherchant encore
parmi les étoiles l’apaisement et la quiétude de ton sommeil, ce sont encore
des énergies que tu envoies au firmament, loin vers moi, afin que je vienne
dans tes songes t’apporter la paix.
Ainsi de tous les mondes qui s’agitent en un désordre de particules, liées
par des matières communes : ils édifient l’univers en
constructions de solides dans le vide, sans savoir qu’à l’immensité de ce
Tout, il ajoutent pierre à pierre les termes d’une nouvelle espérance.
Il arrivera un temps où les liens de l’Univers seront rassemblés en
une Force unique, infinie et éternelle, amas de particules rayonnantes sans
limite graduée du Temps, sans espace mesuré, pied à pied, pouce à pouce,
jusqu’aux confins de l’imaginaire.
Alors, moi aussi, je m’habillerai de matière, je serai matière
enfin, grain tangible, sensible et latent, mû de l’entropie de la Création…
Va, humain, mesure par ta sagesse chacun de tes gestes, avec la souciance
de bien faire, avec l’espérance que tes pas dans le sable, même si le vent
les efface, auront servi de trace pour d’autres, inconnus invisibles, pour
lesquels tu auras marché vers l’infini.
Encore les hommes cherchent, encore ils attendent par des vœux les mots
espérés, les gestes apaisants, le signe lointain lancé du firmament. Voici
donc, du fond de l’univers, celui que je vous donne, en vision d’une union
grandiose de galaxies géantes, espaces et temps confondus en une image unique,
vraie, qui de si loin vous donnera la Force des Liens ….