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le 10 février 2001 J'ai une chance infinie .... je vis sur mon île, au soleil, ma maison au pied de la forêt, le hamac bien à l'ombre sous la véranda. Pour travailler, je ne fais que descendre un escalier bordé de roses et de jasmin. Dans mon bureau improvisé, parmi les livres ramassés au long des naufrages, un ordinateur plein de choses sympas, avec une option "bouteille à la mer" qui me permet chaque fois que je le désire d'envoyer des SOS vers toutes les fenêtres de verre des moniteurs du monde entier .... Et quand je caresse les touches du clavier pour envoyer des mots d'amour à travers le monde, une musique douce traverse mon abri au gré des CD que m'abandonne la mer (là, c'est un concerto pour clarinettes de Weber) et je m'envole, entre les notes qui m'enchantent et les mots qui défilent. Tu vas me dire, toi qui lis ces lignes, que je dois être bien heureux et bien égoïste de jouir ainsi d'un bonheur si presque parfait... Et tu aurais raison. Je suis las du bruit des guerres, des malheurs et des lamentations . J'ai cherché longtemps ce qui pouvait ressembler à une grâce pour notre monde d'humains, rencontrer un Noé des temps modernes, un Messie qui ferait craquer le béton de nos certitudes en quelques années de prêche. De mon fait ou non, j'ai parcouru une bonne partie de notre planète à la recherche de cette lumière qui doit venir de Dieu. Mes pas ont suivi ceux de mystiques du désert, comme Michel de Foucault ou Saint Exupery, mais c'est le sable et l'air qui ont forgé mon endurance, et ce sont les yeux des nomades rencontrés qui m'ont montré l'humilité que je n'avais pas. Et c'est le manque de verticalité des plateaux de dunes du Hoggar qui m'a redonné ma fierté d'homme debout. Si Dieu était là, c'était dans le silence, ce silence du désert, là où le grand rien prend ses dimensions en long, en large, en haut, en temps... Et quand je combattais la Nature dans les grandes forêts d'Afrique pour tracer de nouvelles routes, quand les feuillages des arbres géants faisaient la nuit dans le jour, quand je me lamentais de ma solitude en mangeant ma soupe devant ma tente au milieu des bois, je ne voyais pas encore ce qui pourrait me faire avancer vers ce mystère là. Alors , à force de chercher, je me suis épuisé, et aujourd'hui, dans mon île, je reste attaché à cette quiétude, jusqu'à ce que quelqu'un frappe à ma porte, si bien ouverte sur le néant... pour causer: contact@robinsondesiles.com© Robinson - 02/2003 - reproduction interdite |